mardi 25 octobre 2011

Pompéi à travers les siècles


Le Musée Maillol expose jusqu'au mois de février les témoignages d'une ville engloutie, Pompéi. C'est une exposition à taille humaine (et ce n'est pas pour nous déplaire !) composée de neuf parties : au rez-de-chaussée, nous retrouvons les moulages, la culina, la maison : entre atrium et triclinium et la religion domestique ; puis au premier étage, l'instrumentum domesticum (en trois catégories), Eros dans la maison et nous finissons par les jardins et les péristyles.

Les moulages,
Dans une toute petit pièce, nous découvrons les corps des victimes de l'éruption. Ici, deux corps humains sont exposés, en plâtre, et un chien, en plâtre, os et bronze. C'est une vision assez terrifiante qui se fige sous nos yeux, et en même temps, c'est fascinant. La clarté des corps contraste avec la couleur foncé des murs. Absolument saisissant.

La culina,
Vous avez compris, nous voici arrivés dans la cuisine. A l'origine, il s'agissait d'un simple foyer à même le sol. Par la suite, un comptoir a été aménagé sur lequel du bois ou du charbon était brûlé. Comme nous, les Romains consommaient trois repas par jour, le plus important étant celui du soir (coena). Dans cette culina, nous retrouvons une balance avec ses poids, une louche, une passoire merveilleusement travaillée, des coupes, un moule, des plats... tous en bronze ! Et à gauche de la pièce, un laraire, autel destiné au culte des Lares, les dieux du foyer.

La maison, entre atrium et triclinium,
L'atrium est le lieu de la maison où le maître y accueillait les visiteurs. L'atrium possède une large ouverture au centre du toit, recueillant les eaux de pluie dans un bassin qui alimentait une citerne souterraine. Le triclinium, destiné aux banquets, était quant à lui situé au cœur de la maison. Orné de peintures, il donnait généralement sur le portique du jardin. Ce que nous pouvons retenir de cette pièce, ce sont trois "tableaux" en particulier. Ce sont en réalité des peintures murales datant de 45-79S après JC qui sont exposées comme des tableaux : Génie ailé, Dionysos trônant, Amazone assise. Les tons ocre et rouge brique prédominent et nous enveloppent. Un pas, et nous voici plongés dans une maison de l'époque, douce et sereine.

La religion domestique,
De nombreux objets sont ici présentés dans des vitrines. Deux ont retenu mon attention : un brûle-parfum en forme de berceau, et un brûle-parfum enlacé d'un serpent. Ces objets, de petite taille, sont en bronze ou en terre cuite et nous rappellent que la religion des habitants de Pompéi dérivait du mélange d'anciennes divinités latines, grecques et étrusques. En effet, les croyances ne se limitaient pas à l'univers des dieux : la superstition et la magie jouaient également un grand rôle.

L'instrumentum domesticum,
Ce moment de l'exposition regroupe trois catégories d'objets : la vaisselle en argent et en bronze, la vaisselle en terre cuite et en verre, et les soins cosmétiques. Nous retrouvons une série de lampes ornées d'animaux, un tabouret,des cuillères, des coupes... Le plus impressionnant ? Un réchaud en bronze qui date du 1erS avant JC ! Ainsi qu'une baignoire, en bronze elle aussi. L'univers des Pompéiens n'a plus aucun secret pour nous, nous nous y sentons bien.

Eros dans la maison,
J'ai beaucoup ri. Non pas à cause de ce qui est exposé (quoi que... des phallus plus grands que deux jambes réunies ? Pourquoi pas.) mais à cause de cette petite note à l'entrée de la pièce que je ne peux m'empêcher de retranscrire : "Dans une société comme celle de Pompéi qui ne connaissait ni le péché ni la pruderie, l'érotisme revêtait un tout autre aspect que celui auquel nous sommes habitués aujourd'hui". Faites attention à vos enfants, c'est choquant ! Ou plutôt, très marrant parce que très improbable. La figure prédominante : le Satyre, sous toutes ses formes (vraiment toutes ses formes !). Petit clin d'œil au Phallus ailé avec quatre grelots, qui fera chavirer tous les cœurs.

Jardins et péristyles,
C'est la dernière partie de l'exposition. Après des tons chauds, nous voici plongés dans du bleu et du vert, le tout sur un ton très léger. Nous pouvons contempler les peintures de jardin avec ses paons, ses oiseaux...C'est une pièce très lumineuse qui tente vraiment de nous happer dans un labyrinthe de fleurs et de statues en marbre blanc. A la fin du parcours, nous nous retrouvons face à face avec une fontaine en mosaïque, assez grande, constituée de tesselles de pierre et de verre et des coquillages. A cette époque, les abords des piscines étaient décorées de fontaines, comme celle que nous retrouvons ici, et par de nombreuses statuettes aux sujets aquatiques.

Pompéi, un art de vivre est donc une exposition sincère, très agréable et ludique. On se prête au jeu des fouilles archéologiques, sorte d'enquête dans les maisons pompéiennes avant l'apocalypse. Chaque objet a son importance et nous, nous trouvons facilement notre place. Les traces ont traversé les siècles, et c'est en cela que c'est profondément émouvant.

mercredi 12 octobre 2011

Gaspard Proust ou L'Everest de la dépression


 Nous sommes le vendredi 7 octobre 2011 et le théâtre est complet. Tous les âges sont représentés : assise entre un petit jeune "émo" à casquette et une dame d'âge mûr que l'on reconnaît aux effluves de son parfum. Nous sommes tous prêts, prêts à se faire insulter avec grâce et philosophie, le tout sur un ton plutôt très corrosif. Le spectacle dure un peu plus d'une heure : cela peut-être long lorsqu'on se fait taper dessus, mais avec Monsieur Proust, on en redemande. C'est une dialectique étrange qui s'installe. Il est le sadique, nous sommes les masochistes.

Son discours n'est pas celui d'une blague à rallonge, légère et digeste. Tous les idéaux sont remis en question : la vie, l'amour, la démocratie... les journalistes de Télérama qui, je cite, "ne rigolent qu'aux blagues qu'ils ne comprennent pas". Chaque groupe de personnes identifiable dans la société se retrouve à un moment  du spectacle confronté à ses clichés les plus amers. Pour rebondir, les contrer, Gaspard Proust s'abandonne à d'autres étiquettes (que je vous laisse découvrir sur scène) plus imbuvables les unes des autres. Le mot d'ordre reste celui de l'équilibre : la voix, le corps, tout coïncide avec le parti pris d'un Nirvana perdu. Une phrase m'a réellement marqué, et je pense qu'elle résume parfaitement l'homme sur scène : "Je t'aime. Mais sache que je te méprise." Encore le murmure d'un équilibre mal-pensant.

Prenez le temps un soir et jetez-vous dans la gueule du grand méchant loup. L'Everest de la dépression est jouissivement palpable.

mercredi 21 septembre 2011

2011 à Saint-Cloud : plus Seine que Rock

Après deux ans d'absence, me voici de retour au parc de Saint-Cloud. Première étape : une bière pour me réchauffer, la pluie n'est pas si timide que ça et la boue se dessine sous mes pieds. Nous sommes vendredi, j'attends l'ambiance.


Objectivement, la programmation 2011 ne m'enchante pas plus que ça mais... comme tous les ans, Rock en Seine affiche les têtes et quelques très rares insolites. Pour le reste, on ne reviendra pas. Subjectivement, je viens pour : The Kills, Death From Above 1979, Deftones, Seasick Steve, Artic Monkeys et bien évidemment, les Foo Fighters. Oublions tout de suite les groupes pour lesquels j'étais avide de curiosité, les prestations ne sont absolument pas dignes d'un tel festival (niveau du prix et de l'ampleur). En effet, je tiens à remercier tout particulièrement les Cherri Bomb pour une reprise en dessous de la médiocrité de "The Pretender" des Foo Fighters (et on ne parlera pas du reste, au secours), Le Corps Mince de Françoise pour sa pop ultra-simpliste, Lilly Wood & The Prick pour sa niaiserie affichée, Simple Plan et ses refrains impubères et on peut continuer comme ça jusqu'à l'année prochaine !

J'ai eu le temps de me refroidir, je retourne me réchauffer, merci la bière. On notera le très sympa "Bar Métal" (j'insiste véritablement sur les guillemets) où il peut se dire : " Nan mais moi j'ai rien contre Julien Doré, j'aime bien ce qu'il fait !" Désillusion.

Première expérience de la scène pression, Seasick Steve. Détraqué, barbu, bordélique, efficace, dansant, acclamé. Ah il est 16h, mais je commence à me faire ma place au soleil !

Puis, je m'installe pour The Kills. Un groupe que j'attends depuis quelques années déjà, une vraie curiosité de le voir évoluer sur scène. La prestation est sympa, mais malheureusement sans plus. Les morceaux les plus rock, les plus grunge ne sont pas portés à leur apogée, sorte d'euphorie avortée. Je reste jusqu'à la fin mais je reste persuadée qu'un festival n'est pas ce qui leur convient le mieux.

Je m'avance, petit à petit je me fais une place devant la scène pour les Foo Fighters. J'ai une heure à attendre, dérisoire par rapport aux six années qui me séparent de leur dernière venue en France. 21h45, début du concert, quinze minutes d'avance pour cause de pluie, j'ai envie de remercier le ciel, très fortement. Ils arrivent, c'est le début l'extase. Les Foo enchaînent les tubes, les discussions avec le public et les mecs de la sécurité doivent faire face à un Dave Grohl qui ne laissera pas ses fans se faire traiter comme du bétail ! Les hommes hurlent, se hissent sur les pointes des pieds, pleurent parfois ; les femmes effectuent des mouvements rotatifs avec leur tête, ponctuent chaque phrase d'un mouvement de bras. A moins que ça soit l'inverse. Ce qui est certain, c'est que la folie du come back a opéré : toutes les chansons sont reprises en chœur et les refrains sont scandés à pleins poumons.Une prestation de deux heures qui mettra tout le monde d'accord une bonne fois pour toute. Les Foo Fighters ont donné, beaucoup. Seul hic : quand est-ce qu'ils reviennent en France ?

Nous sommes samedi, merci pour l'ambiance de Vendredi.

Premier vrai concert aujourd'hui (et il est 21h...) : Death From Above 1979. Tout simplement une grosse claque très appréciable. Pas mal de curieux au départ et puis... étant donné une structure un peu moins radiophonique que les BB Brunes passés juste avant (et je persiste à crier Ô rage, Ô désespoir quand ils pointent le bout de leur slim) l'espace autour de moi se fait de plus en plus grand. Les gens déclarent forfait au bout de deux chansons, tant mieux pour moi, je ne rate aucune miette, je continue de me rapprocher et je confirme la très bonne prestation du groupe. Un second passage à Paris ne sera pas de trop pour la Seine (si peu) Rock.
 Et puis, le très jeune mais grand groupe Artic Monkeys atterrit sur la scène principale. Un monde fou, impossible de respirer, une atmosphère comme on les aime quoi ! Les chansons sont toutes très bien interprétées, jouées, effectuées... il y a tout du tout sauf peut-être un grain de folie pour un groupe aussi jeune. Certes, se sont des anglais, mais enfin... La patte Josh Homme plane définitivement dans l'espace, un peu trop propre.

Dernier jour du festival, nous sommes dimanche. Je suis restée perchée dans le tourbillon Foo de samedi et quelques souvenirs me reviennent de la veille. C'est compliqué, mais on est dimanche est c'est le jour de Deftones, hourra ! D'un coup je me sens vieille... je savoure. Chino Moreno partage directement avec le public, mais on le sent tout de même agacé sur quelques points. Il monte, il descend de son petit perchoir planté en plein milieu, il s'agite des fois pour tout, malheureusement pour rien. La voix n'est pas toujours au rendez-vous mais on aime toujours voir Deftones, c'est en quelque sorte un groupe chouchou. Ils joueront à peine une heure, bon on est "content" mais on reste sur notre fin...

Une belle clôture avec le groupe Archive, attendu lui aussi. Je regarde une heure environ, et puis je me dis que c'est vraiment fini, il est temps de rentrer, de laisser les derniers chanteurs s'échanger les paroles de l'instant. En foulant une énième fois la poussière, je me dis que la machine Rock en Seine ne parvient toujours pas à me satisfaire pleinement et puis... il y a cette petite bête qui siffle à travers l'unique boule quiès qui me reste "à l'année prochaine". Crap.