Crédits photo : http://www.theatre-contemporain.net/Spectacle : La Menzogna, créé en 2009
Avec : Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Raffaella Banchelli, Bobò, Antonella De Sarno, Pippo Delbono, Lucia Della Ferrera, Ilaria Distante, Claudio Gasparotto, Gustavo Giacosa, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Julia Morawietz, Mr Puma, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Grazia Spinella.
A l’origine de la Menzogna, il y a cet incendie survenu à Turin en 2007, dans une usine du groupe allemand ThyssenKrupp : sept ouvriers décèdent, une enquête est ouverte pour déterminer les causes de l'incident, l’entreprise refuse d’indemniser les familles en argumentant que les ouvriers sont responsables de ce désastre. Pendant ce temps-là, les médias ne cessent de diffuser et d’exploiter les images chocs ; le voyeurisme est de mise, la responsabilité oubliée.
De ce triste constat qui disqualifie l’être humain en tant que tel naît un double langage : une chose est annoncée mais l’inverse est pratiqué. Pippo Delbono s’indigne dès lors devant cette manipulation artificielle des images et des émotions, et décide d’interroger la notion de mensonge à travers un spectacle fulgurant. Le décor fétiche nous rappelle le squelette d’une usine : nous vivons le conflit de l’intérieur, perdus dans les couloirs, perdus dans le labyrinthe sociétal de Kafka. Quant aux acteurs dits "à la marge" (handicapés, SDF, exclus), ils tiennent à bout de bras le merveilleux, le sacré et l'espoir. Sur scène, les thèmes s’entrechoquent. Entre silence et cris, Pippo Delbono se dévoile : le corps et l’âme sont mis à mal puis mis à nu. La mélancolie, la peur, la cruauté et la poésie habitent peu à peu l’espace violent de la représentation. Ainsi, nous ressentons la soif d'un renouvellement, individuel et collectif. L’apparence de désordre accède à la dimension de l’allégorie qui permet de décrire ce qui se dérobe au regard, de faire parler ce qui se tait, de libérer les tabous et de réactiver un champ de mémoire : l’homme doit sans cesse se réinventer.
Subjugué par le jeu des acteurs dans la lumière et tétanisé par les cris enragés, le spectateur est happé par la machine impérieuse de Pippo Delbono. Ce qui reste attrayant et attirant dans cette mise en œuvre du mensonge, c’est qu’elle s’opère de façon absolue à travers des crises et des contraires innés à la condition humaine. En nous rappelant avec force la fausseté des apparences du théâtre et de la vie, le metteur en scène italien est parvenu à nous transmette la part d'indicible du réel dévasté.